23 mars 2008

Ces dieux qui partent en....

Imaginez un peu!

Une Artémis qui fait du footing, promène des chiens et qui en a ras-le-bol de vivre dans cette vieille maison brinquebalante au coeur de Londres avec tout le Panthéon! Et pour cause, Apollon est un mec sexy qui tire tout ce qui bouge, homme ou femme, qui passe à la télé et joue les rock stars, Athéna une fille à bésicles, intellectuelle incapable de se faire comprendre par les autres, Ares, un butch qui ne pense qu'à déclencher des conflits en Asie, Aphrodite, une pro du téléphone rose qui ne pense qu'au sexe du matin au soir, Eros, un gamin repenti qui verse dans le christianisme, Hermès, un mec cool et ultra sexy toujours en mouvement...

Tout ce petit monde cohabite avec plus ou moins réussite de nos jours alors que les humains ne croient plus du tout en eux et que la fin du monde arrive. Tout ceci se retrouve dans le jubilatoire livre "Les dieux ne valent pas mieux" de Marie Philipps.

Drôle, exubérant, inventif, subtil et jouant à merveille avec la mythologie grecque, l'auteur réussit à méler des grands thèmes tels que l'amour (deux mortels vont s'immiscer dans la vie des dieux et les "sauver" en quelque sorte), la mort (la description du royaume d'Hadès est fabuleuse) et la foi (Jesus n'était pas un dieu, il faudrait le dire aux mortels). Son écriture est incisive et percutante et ces dieux là des cabotins, des capricieux auxquels on s'attache.

Mention spéciale à un Zeus devenu sénile qui n'est le roi des dieux seulement que de nom.

Un livre divertissant et qui révise les classiques de la mytholigie de façon décapante!

Ldnvpm2

25 février 2008

"Tout ne faisait que commencer"

Telle est la dernière phrase du très étrange, très déconcertant et très bon roman Ubik, de Philip K. Dick.

Je ne suis pas un spécialiste de cet auteur. C'est même le premier livre que je lis de lui. Pour autant, j'aime souvent la science-fiction (le cycle "Hypérion" de Dan Simmons reste pour moi culte et à lectures répétables à l'infini) mais je n'avais encore jamais abordé l'oeuvre de celui que beaucoup considèrent comme un maître du genre. Je me méfie toujours des étiquettes et des appellations contrôlées. Pourtant, pour ce livre là, je n'ai pas été déçu.

Réussir à mélanger avec finesse, roublardise, et suspens ces histoires dont les thèmes abordent la mort, la vie, notre rapport avec l'espace et le temps n'est pas donné au premier venu. L'auteur y parvient totalement.

J'aurai beaucoup de mal à résumer l'histoire, à en dégager l'essentielle essence. Que dire? En 1992 (le futur donc, car le livre a été écrit en 1969), les hommes ont des pouvoirs "psy". D'autres hommes ont quand à eux des pouvoirs spécifiques pour les contrer. Engagé au sein d'une grande société, façon multinationale des télépathes, un groupe d'hommes et de femmes aux talents divers est victime d'un attentat sur la Lune. Dès lors, tous les repères classiques d'une histoire normale volent en éclat les uns à la suite des autres : l'espace (où se déroule vraiment l'action? Dans une ville définie ou dans l'imagination des héros?), le temps (à quelle époque se déroule vraiment l'histoire?) et les personnages (Qui est véritablement le héros central du livre? Qui est réellement vivant et qui est réellement mort?).

Plus on entre dans le livre, plus on se pose de questions. C'est là que réside le charme fou du livre à mon avis. Je ne peux rien dire sur la fin évidemment mais la "morale" qui s'en dégage me plait assez : les apparences ne sont jamais ce qu'elles sont et le bien et le mal, s'ils s'affrontent, peuvent aussi au final servir la même cause. Et cette prouesse se réalise sans jamais perdre le lecteur (ça arrive dans d'autres livres de SF parfois...)

Philip K. Dick évoque le futur comme on pouvait sans doute l'imaginer dans les années 60. L'aspect technologique est au premier plan. L'homme construit, élabore, invente des appareils, des engins de toute sorte. Il évolue au milieu d'une technologie très robotisée. Cette vision s'éloigne de celle que peuvent avoir certains auteurs de SF actuellement qui abordent, souvent, le futur sous un angle plus "spirituel", plus "métaphysique".

Une lecture enrichissante car ce livre en parlant du futur nous ramène à notre passé et à la façon dont nous en subissons les conséquences. Cela m'a donné envie d'essayer de lire d'autres livres de Philip K. Dick (message à un certain Ubik : je sais maintenant d'où tu viens et à quoi tu sers!)

Ubi  

26 décembre 2007

L'infortunée Rose

Rares sont les premiers romans à faire 600 pages de nos jours. Encore plus rares sont ceux de qualité... Mais attention, pas de la qualité genre "bien écrit, bien ficelé, facile à lire". Non! Non! De la qualité qui signifie plutôt "aurait pu être écrit en 1880".

C'est le formidable cas du très beau roman "L'infortunée" de Wesley Stace.

Ce livre est fait pour tout homo sensible (mais pas que) qui sommeille en nous à cause de son sujet, simple, universel et touchant à la fois : l'identité sexuelle.

Le sujet (brièvement) :

Londres 1823. Fille de lord Loveall, l'homme le plus riche d'Angleterre, la jeune Rose fait le bohneur de son père. Elle vit dans un magnifique manoir, entourée de domestiques dévoués. Rose a une enfance comme toutes les petites filles rêvent d'en avoir. Mais voilà, Rose n'est pas une fille. Rose est un garçon. Ses parents ne sont pas ses vrais parents. Et la révélation de cette vérité va bouleverser la vie de Rose et de toute la maison.

Voilà une fresque victorienne comme on n'en fait plus, et pour cause ce roman a été écrit en 2004 et a connu un succès important dans son pays d'origine, les Etats-Unis. Mais cela n'est pas la raison pour en faire un bon livre.

Cette histoire d'identité sexuelle refoulée, dissimulée peut parler à toute personne car tout le monde traverse une periode de questionnement sur son propre sexe et sur cette différence que possède (ou pas) l'autre entre les cuisses. Ce qui est intéressant dans ce livre, c'est que tout se fait comme une évidence. Le héros-héroïne grandit en n'ayant conscience que d'un seul sexe, le sien, le masculin mais en pensant être une fille. Ces défis aux conventions, à la société, à la famille, vont être de lourdes charges lorsqu'il réalisera ce qu'il est vraiment. Mais cette construction sur la recherche de l'identité sexuelle et la quête de la perfection, l'hermaphrodisme, est racontée ici de façon romanesque, subtile et pas racoleuse du tout. Il y a des grands sentiments, de grands décors, des voyages lointains, des bruits de porcelaines anglaises, des domestiques par centaine, bref, une histoire fabuleuse.

L'auteur m'a réellement donné la sensation de lire un livre du 19e siècle. Les "fans" d'Emily Brontë, de Dickens ou de l'époque victorienne adoreront ce livre. Les autres seront touchés par un destin hors du commun qui, de gloire en déchéance, en rédemption, constitue l'un des meilleurs livres de ces 10 dernières années.

"Et la chienne aboya fidèle à sa promesse

Si fort que le seigneur entendît cette bête sauvage

et la fit taire en lui offrant une côtelette

qu'elle accepta en échange de l'enfant.

Et dans la voiture le nourisson fut placé

et que personne ne me traite de menteur

Mais les armes de cet être beni par la fortune

représentaient la Rose et l'Eglantier"

Misf

21 septembre 2007

"La beauté dans ce monde"

Il y a des livres qui sont comme des trésors. Parfois, ils semblent briller de loin et l'on se dit alors que cela va être formidable de pouvoir plonger en ses pages. Souvent, on s'y noie et ils ne s'agit pas de trésors mais de moments de divertissement. C'est déjà ça.

Je viens d'achever la lecture d'un petit trésor...Un vrai.

L'élégance du hérisson, de Muriel Barbery.

Bien sur, le livre se vend comme des petits pains. Maintenant que je l'ai terminé, je sais pourquoi. Mais ca n'est pas ça qui compte pour moi. Ca n'est pas au nombre de ventes que j'apprécie une oeuvre. Peu m'importe! J'ai l'émotion bien souvent solitaire pour me contenter de n'être que le seul à voir la lumière dans un livre, une musique, un film, une peinture...

Et quel plaisir j'ai eu à découvrir cette histoire de vie, de philosophie, de zen, de lutte de classes, de littérature russe, de fleurs, de solitude, de mort aussi.

Ce livre contient bon nombre de réponses aux questions qui viennent souvent frapper mon esprit tortueux. Enfin, des réponses, c'est peut-être un grand mot, mais du moins des propositions de chemins à emprunter.

extrait :

"Quelle est cette guerre que nous menons, dans l'évidence de notre défaite? Matin après matin, harassés déjà de toutes ces batailles qui viennent, nous reconduisons l'effroi du quotidien, ce couloir sans fin qui, aux heures dernières, vaudra destin d'avoir été si longuement arpenté. Oui, mon ange, voici le quotidien : maussade, vide et submergé de peine. Les allées de l'enfer n'y sont point étrangères; on y verse un jour d'être resté là trop longtemps."

Ce livre raconte, dans un immeuble chic du 7e arrondissement, les destins parrallèles de Paloma, 12 ans, fille d'une famille riche, qui envisage de se suicider avant la fin de son année scolaire et de Renée,54 ans, concierge-veuve taciturne du même immeuble.

Ce qu'il y a de beau dans cette histoire, c'est la magie qui fait que deux droites parrallèles peuvent finir par se croiser, et permuter.

L'auteur écrit si bien, son français est si pur que sa lecture nourrit d'adjectifs subtils, de verbes soutenus, de noms inusités, de pronoms dissimulés. La phrase y est poétique, et le ton toujours ironique et interrogatif. Un régal.

"La vraie nouveauté, c'est ce qui ne vieillit pas, malgré le temps.

Le camélia sur la mousse du temple, le violet des monts de Kyoto, une tasse de porcelaine bleue, cette éclosion de beauté pure au coeur des passions éphémères, n'est-ce pas ce à quoi nous aspirons tous? Et ce que nous autres, civilisations de l'Ouest, ne savons atteindre?

La contemplation de l'éternité dans le mouvement même de la vie"

Ldh

Bonne lecture.

02 juillet 2007

"Et finist du povre Villon"

Trt

" Il m'aura fallu attendre presque huit années avant d'oser aller à Montfaucon. Pourtant des lieux patibulaires, j'en ai vu. Les jours de fêtes religieuses, toutes les rues de Paris sont rouges de sang.

Appliquant la rigueur civile du prévôt et celle des hauts justiciers ecclésiastiques, chaque quartier a sa potence, son bûcher ou son pilori. On y coupe des langues, des poings, des oreilles, des nez, la distribution des coups de fouet, les enfants fessés au sang, les sorcières brûlées, crucifiées, les yeux crevés des voleurs nocturnes, les nobles décapités qui gouttent pendus par les pieds et celui qui a trahi le roi, attaché à la queue d'un cheval lancé au galop à travers la ville. Son corps vite disloqué éclabousse de sang toutes les façades des échoppes. La tête me tourne. Les écorchés portés vifs dans un sac rempli d'épices, les écartelés aux membres exposés à quatre portes de Paris, buste pendu par les aisselles au Châtelet. Et moi qui n'avais encore jamais osé aller à Montfaucon..."

Ce fabuleux passage qui fait revivre la dureté du Paris des années 1430 est extrait d'un livre qui m'a fait l'effet d'un coup de poing : Je, François Villon de Jean Teulé.

Ce livre raconte, à la première personne, la vie du célèbre poète François Villon, qui a eu, une vie extraordinaire. Vraiment extraordinaire ! Le jour de sa naissance son père est pendu et Jeanne d'Arc brûlée vive aussi. Sa mère, voleuse affamée récidiviste est enterrée vivante quand il n'a que 6 ans. Un de ses amis est jeté vivant dans un chaudron d'eau bouillante. De son amoureuse, il fait une recluse après l'avoir faite violer par une bandes de la cour des Miracles; ses amis malsains.  Il vole, il écrit, il fait des études et devient presque clerc dans un Paris violent, fanatique où la justice ne s'encombre pas de procès mais plutôt de torture. Il gouaille, il profite des plaisirs de la vie, vit en malfrat. Il passe des mois en geoles, à croupir parmis les rats, torturé. Alors qu'il a à peine 30 ans, il est définitivement banni de Paris. On ne sait pas ce qu'il est advenu de lui.

Ce livre, pour moi qui adore le Moyen-Age a été une révélation car du 15e siècle, je savais déjà pas mal de chose. Je connaissais ce poète, son nom, quelques lignes de lui, mais rien de sa vie. C'est maintenant chose faite et j'admire la façon utilisée par Teulé pour raconter tout cela. Ca n'est jamais ennuyeux, jamais scolaire. Bien sur, il faut avoir le coeur bien accroché sur certains passage. Mais ce Jean Villon, patron des escholiers du quartier Latin, a eu une vie de "Rock star" déchue, bien avant l'heure. Moderne dans sa poésie, sa forme et l'expression de celle-ci.

Le livre est un bijou!

Fv1

16 juin 2007

Surestimation de l'amour

J'ai fini la semaine dernière ce petit livre, recueil de nouvelles sur l'amour et sa fragilité : L'amour est trés surestimé, de Brigitte Giraud.

Souvent touchant, parfois trés juste, il aborde le thème de l'amour en procédant à son décorticage. La rupture, l'abandon, l'absence, l'horreur du quotidien, le couple sont évoqués de l'intérieur. On ouvre une porte et on lit une scène que nous avons soit vécu avec nos parents, soit que  nous avons nous-même vécu ou (pire?) vivront un jour.

Deux petits extraits de ce petit livre touchant.

"Les veuves vont au cimetière. Elles ont un secret, un lieu de rendez-vous, elles ont un alibi, une excuse implacable. Les veuves ont un pouvoir minuscule, celui d'être perpétuellement absentes.

Les veuves ne savent pas quoi faire de leur temps libre, de leurs vacances. Elles étudient le calendrier, elles remplissent les vides, elles colmatent les brèches. Les veuves n'aiment pas le vendredi soir. Elles redoutent les dimanches."

Autre passage délicat :

"Quand je vois autour de nous le vertige des naufrages amoureux, l'illusion de la liberté tant convoitée, le fantasme de l'instant exalté, de la jouissance sans limites, quand j'entends les conversations alimentées par la douleur d'aimer ou de ne plus aimer, quand je lis tous ces livres où s'inscrivent les stigmates de l'échec, où se déploie l'esthétique de la perte, j'ose me tourner vers toi et te redire que je t'aime, j'ose quelque chose de ridicule, de démodé, qui, en principe, ne fait pas littérature, comme l'on dit. Si je devais dire oui à nouveau ce soir, je dirais oui pour une vie entière à tes côtés. Alors je ne le crie pas trop fort, on pourrait rire de nous, les deux quinquas qui semblent découvrir l'eau tiède, qui se serrent les coudes une fois leurs enfants évaporés, on pourrait nous prendre pour des demeurés. C'est une affaire entre toi et moi, n'est-ce pas, disons plutôt entre moi et moi, parce que j'ai pris l'habitude de parler toute seule dans le noir depuis que tu n'es plus là."

Laets_2

28 mai 2007

SPIN

Je viens de terminer la lecture de ce petit pavé de science-fiction, écrit par Robert Carles Wilson, SPIN. J'ai mis un peu de temps à le lire car ces dernières semaines ont été quand même assez pleine.

Ce livre a reçu le prix Hugo 2006, prix qui est censé être la référence absolue en matière de SF. D'ailleurs, un de mes livres cultes Hypérion, de Dan Simmons, l'avait reçu dans les années 90. A mon avis c'était bien plus mérité que pour ce cas là.

L'histoire en quelques mots :

"Une nuit d'octobre, Tyler Dupree, 12 ans, et ses deux meilleurs amis, Jason et Diane Lawton, quatorze ans, assistent à la disparition soudain des étoiles. Bientôt l'humanité s'aperçoit que la Terre est entourée d'une barrière, baptisée le Spin, à l'extérieur de laquelle le temps s'écoule des millions de fois plus vite. La Lune a disparu , le soleil est un simulacre, les satellites artificiels sont retombés sur Terre. Mais le plus grave, c'est qu'à la vitesse à laquelle vieillit désormais le véritable soleil, l'humanité n'a plus que quelques décennies à vivre. Qui a emprisonné la Terre derrière ce bouclier? S'agit-il d'extraterrestres? Pourquoi ont-il agi ainsi?" déclare le pitch de la 4e de couverture.

Ici point de vaisseaux spatiaux, pas de batailles intersidérales. Tout se passe sur Terre. On suit les personnages de leur enfance jusqu'à leur mort ou leur vieillesse. C'est ce que je pourrai reprocher à ce livre. Il pose des théories sur le temps et sa relativité, sur les autres formes d'existence extraterrestres possibles, sur la colonisation de l'espace par l'homme mais ne les prends pas à bras le corps. Cela ne "décolle" pas vraiment. Au contraire, on reste empétrés dans la vie des héros, leur amours, leurs maladies. La religion et son aspect apocalypto-millénariste est abordée aussi, presque hors-sujet ici.

Il y a quelques points positifs cependant : l'idée de la vie martienne issue de la Terre comme une voie de secours. Ainsi que l'idée de ce genre extraterrestre interventioniste. Mais, à mon goût cela n'est pas assez exploré. Ce qui fait que ce livre est plus souvent un roman d'anticipation que de SF.

Hypérion et ses trois suites sont loin, mais alors loin, d'être détronnés de mon panthéon.

Spin.

A lire si : on aime les histoires d'amitié qui durrent toute la vie. Si la fin du monde suscite en soi des questions religieuses.

Spin

14 novembre 2005

Cette servante là...

"La Servante écarlate (The Handmaid's Tale, 1985) de Margaret Atwood est l'un des plus grands et des plus terrifiants des romans « distopiques », à ranger au côté de chefs-d'œuvre comme Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, 1984 de George Orwell ou Globalia de Jean-Christophe Ruffin. Ces œuvres parlent de mondes situés dans un avenir assez proche et dont les scénarios politiques sont totalement repoussants. Contrairement aux romans d'anticipation, ces romans se concentrent sur l'évolution politique et sociale et sur la fragilité de nos notions de liberté individuelle plutôt que sur les progrès technologiques. La Servante écarlate est une condamnation particulièrement virulente de la droite chrétienne américaine et une mise en garde contre les réactions éventuelles visant à renverser le féminisme et le laïcisme. Il donne froid dans le dos de voir qu'un roman écrit il y a presque vingt ans avait déjà laissé entrevoir l'imposition de la tyrannie par des lois d'urgence promulguées en réponse à des actes de terrorisme."

Je viens de trouver ca sur un site internet (http://www.scena.org/lsm/sm9-10/Handmaid_fr.htm). Je n'aurai pas dit mieux.

Je viens donc de finir de lire le chef d'oeuvre qu'est "La servante écarlate" de Margaret Atwood. Ce livre m'a touché trés profondément mais pas de manière joyeuse, plutot de manière triste, voire lugubre... Pourquoi?

Parce que plus de 20 ans après, rien n'a changé. Tout y est d'actualité.

De quoi parle ce livre?

Une femme, dont on ne connaîtra jamais le prénom est une servante rouge. Dans une société du future mais pas si éloignée que ca, la tyranie religieuse,dans un pays qui s'appelle Giléad, et la morale ont pris la place de la démocratie, de la liberté individuelle, de tous les plaisirs de la vie. Les femmes et/ou les hommes sont devenus quasiment tous stériles. Or cette tyrannie a besoin de repeupler la nation (une hégémonie en vue sans doute. On sait qu'il y a la guerre, mais on ne sait pas où exactement ni pourquoi). Elle range les femmes dans des catégories : les épouses des commandants, les martas, les tantes et les servantes. Ces dernières ne sont qu'un corps destiné à la reproduction. Elles sont placées, après un séjour dans un centre rouge où on leur aura lavé le cerveau, dans une famille de commandant (les leaders du régime) où elles subissent, voilées de rouge, les assauts reproductifs de vieux hommes quasiment impuissant. Elle porte le nom de leur commandant. Elles ne sont jamais seules.

La mort est omniprésente (les rebelles sont pendues publiquement et accrochés à un mur où tout le monde doit aller régulièrement). L'héroine avait une fille et un mari. Elle les a perdu lors du changement de régime. Elle passe du souvenir de cette famille perdue à son état actuel où le simple regard d'un homme sur elle la refait vivre en tant que personne, où tout lui sert à se souvenir qu'elle reste un être humain. On étouffe en lisant son endoctrinement forcé. On frémit en lisant les passages sur la torture collective (cf. la scène où les servantes sont obligées de tuer un homme qu'on leur jette en pature). On tremble devant l'idéologie la plus immonde et par le fait qu'elle soit accéptée par une partie (l'élite morale et religieuse) de la population.

Ce livre fait froid dans le dos. Je conseille à chacun de le lire, de le méditer. Aujourd'hui, les femmes dans certains pays peuvent vivre ces situations. La morale religieuse est partout et reste à l'origine du terrorisme, de la violence (que ce soit aux USA ou au moyen-orient), du mal. La peur de l'autre est plus forte que jamais. L'homosexuel est la cible suivante. Et ensuite?

Que cette société n'arrive jamais. Que les dogmes religieux, moraux, politiques meurent dans la boue. Que les femmes puissent avorter en liberté, que les hommes/femmes puissent s'aimer entre eux en toute liberté. Que chacun puisse s'exprimer. Que chacun soit responsable de ses actes. Que chacun respecte l'autre.

Que vive longtemps cette servante là dans notre esprit!

Lse

10 octobre 2005

Dustan turns to dust

"Je dansais, mais maintenant j'ai plus le temps parce que je travaille trop, j'ai plus de corps, je me suis fait bouffer par le système, en gros j'ai trop travaillé pour ne pas qu'il me tue plus exactement, et voilà : je suis grave, moche, faible et dépressif au lieu d'être musclé, drôle et joli."

Guillaume Dustan.

J'ai de la peine ce soir parce que j'ai appris la mort accidentelle d'une de mes écrivains préférés : Guillaume Dustan, génie divin, élixir sémantique, premier essai de changement de société, dans ma chambre bien souvent à réver de Nicolas Pagès.

J'ai lu tous ses livres. J'ai été choqué, titillé, éveillé, réveillé et toujours admiratif de son courage. Malade, seropositif, il me semblait qu'il parlait de quelque chose que nous ne voulions pas du tout entendre dans le milieu homo : la liberté sexuelle entre personnes séropositives. Je ne pense pas que son "combat", si combat il a eu, se résumait uniquement à ça. Seuls ses opposants ont voulu le réduire et réduire sa pensée au bareback, au relapse. Ses livres regorgent d'autres idées qui soulèvent des questions bien plus interessantes à mes yeux : la place de l'homme-fils dans la société judeo-chrétienne. Le rôle de la culpabilité dans l'éveil de sa sexualité, dans sa construction intime et dans son placement social. Il dénonçait à lui tout seul plus de 2000 ans d'écrasement contre les homos et tous ceux qui finalement remettaient en cause la figure du père à imiter.

Il dénonçait aussi les soixante-huitard devenu d'aiguisés bobo imbuvables. Il dénonçait le pouvoir des vieux qui réduisent en esclavage la masse des jeunes. Il pensait que les enfants ont bel et bien une sexualité. Il pensait que l'amour était dur parfois et que Nicolas le lui rendait bien.

Ses idées ne meurent pas avec lui. C'est la force de tout écrivain, visionnaire d'autant plus. Dumoins, c'est comme ça que je ressens son oeuvre, le personnage.

Je me rappelle, après avoir lu Nicolas Pagès, je lui avais écrit parce que je le trouvais sidérant. NOUVEAU. Je n'avais pas écrit des tonnes de lignes, juste un petit mot... Je me souviendrai toujours de sa réponse si originale tant dans la forme que dans le fond. Il réagissait à mes propos en une seule phrase : "Le genre de truc qui fait du bien, quoi?". Pas mal de choses ressortent dans cette phrase et aujourd'hui encore, elle m'accompagne et me fait réfléchir justement sur le genre de truc qui fait du bien.

Dustan turns to dust....

Np

02 octobre 2005

"Tout ce que j'aimais"

Je viens de finir la lecture d'un livre trés beau et émouvant : "Tout ce que j'aimais" de Siri Hustvedt, auteur américaine.

Une histoire longue, un roman riche et fourni qui aborde des thèmes aussi vitaux que la famille, l'amour, le temps qui passe, la culture et son rôle dans notre société, le noir-la lumière, la mort d'un enfant, le deuil, la naissance, la maladie et la peinture. Sur plus de vingt ans, cette histoire est racontée avec une mélancolie et un réalisme qui s'opposent constamment. Il y a de la vie dans ces pages-là et j'ai été touché trés souvent. Seuls les livres ont le pouvoir de faire serrer ma gorge, de faire monter des larmes à mes yeux. Ce livre y est parvenu.

Voici un extrait, que je trouve trés beau, situé dans la dernière page :

"Quand je pense à Violet dans la chemise dépenaillé de Bill et dans son pantalon taché de peinture, je lui donne une camel à fumer et j'intitule mentalement l'image autoportrait. La leçon s'est enfin terminée avec un baiser réel qui a envoyé Violet loin de moi. Etrange, la façon dont la vie fonctionne, dont elle change de forme et de cap, dont une chose en devient une autre. Matthew a dessiné à maintes reprises un vieil homme qu'il avait appelé Dave. Les années passent, et il s'avère qu'il dessinait son propre père. Je suis Dave à présent, Dave avec des caches sur les yeux."

Ah, la lecture....

Tcqja